Pierre Rolland, à l’assaut du Dauphiné

Pierre Rolland, à l’assaut du Dauphiné

 

A 32 ans, Pierre Rolland prendra, ce dimanche, le départ de son dixième Critérium du Dauphiné. Maillot à pois lors de sa première participation en 2008, 8e du classement général en 2010 et l’an passé, l’Orléanais aborde l’épreuve avec un enthousiasme de cadet et l’ambition d’y remporter, enfin, une victoire d’étape. Blessé au poignet et absent des pelotons pendant deux mois suite à une chute en Ardèche début mars, le grimpeur Glaz s’est préparé avec une motivation et une minutie extrêmes afin d’entamer ce rendez-vous capital dans les meilleures conditions.

 

Que représente le Critérium du Dauphiné pour toi, amoureux des cols alpestres ?

Il s’agit de ma course préférée, juste après le Tour de France. C’est elle qui offre les premières montagnes à escalader, les premières chaleurs à endurer, les premières sensations de Tour aussi... Le peloton sort de la saison des classiques, on entre dans celle des courses par étapes, c’est le début de la période que j’affectionne le plus. Le Dauphiné est la course qui m’a révélé comme grimpeur, à moi-même et à mes dirigeants, ainsi qu’au public. Et puisque c’est là que je me suis senti, pour la première fois, vraiment performant au plus haut niveau, j’ai toujours envie d’y retourner et d’y marcher à nouveau. A part les deux années où j’ai couru le Giro, j’ai toujours participé au Dauphiné.

 

Quelles sont les caractéristiques de cette épreuve ?

C’est une répétition générale à trois semaines du Tour. Les leaders de chaque équipe viennent y prendre des informations sur eux-mêmes et sur la concurrence. On cherche à se rassurer et, si on ne marche pas, on dit que c’est une course de préparation. Si la grande forme est là, on tâche de gérer cette bonne condition, sans toujours y parvenir. Je me souviens avoir vécu un Dauphiné au top, en 2010, avant de m’écrouler lors de la deuxième semaine du Tour. C’est compliqué de trouver le bon équilibre.

 

Quel grand souvenir gardes-tu de tes neuf participations au Critérium du Dauphiné ?

Le premier qui me vient à l’esprit est la victoire de mon coéquipier Christophe Kern aux Gets, en 2011. J’avais attaqué, il m’avait rejoint puis j’avais roulé avant qu’il ne ressorte pour aller décrocher la victoire devant un groupe de costauds. Ce n’est pas moi qui avait levé les bras mais ce succès avait été obtenu grâce à notre travail à tous. Un grand bonheur collectif. Plus personnellement, je garde en mémoire le maillot de meilleur grimpeur décroché en 2008, pour ma première participation au Dauphiné.

 

Que t’a-t-il manqué pour y lever les bras ?

Peut-être un peu d’expérience… Notamment lors de ma 2e place sur l’étape d’Annemasse, en 2008, où je suis distancé par Cyril Dessel car je manque sans doute d’un peu de vice. Sur le Dauphiné, les fenêtres de tir sont très, très réduites. Soit tu es capable de battre les meilleurs à la pédale, soit tu es sprinteur et certaines étapes sont jouables. C’est le propre des courses d’une semaine, où les occasions sont rares car les leaders comme les sprinteurs n’ont que deux ou trois occasions pour s’imposer. Du coup, il existe toujours une équipe pour prendre la main et condamner les échappés. Le lendemain, c’est une autre formation qui prend la barre, puis une autre, et ainsi de suite… Le niveau de participation y est très relevé et chaque leader vient sur cette course pour se rassurer et rassurer ses équipiers. Sur les neuf Dauphiné auxquels j’ai participé, je me souviens avoir vu cinq ou six échappés aller au bout, pas plus.

 

Cette année, l’épreuve s’annonce comme le grand objectif de ta saison.

Oui, mais les circonstances (sa double fracture du poignet, en mars) font que je ne m’y présente pas en pleine possession de mes moyens. Je me vois plutôt dans un rôle de franc-tireur, à l’instar de l’ensemble de l’équipe, excepté Lorrenzo Manzin qui se concentrera sur les sprints massifs. Ma condition est malheureusement trop précaire pour songer au classement général. Je sors d’un dernier bloc de travail de dix jours qui s’est achevé le week-end dernier au GP de Plumelec et sur les Boucles de l’Aulne, et j’ai rarement entamé un Dauphiné avec si peu de certitudes. Ma période de convalescence fut longue et mon poignet commence seulement à retrouver sa souplesse. Il n’empêche, je reste d’un naturel optimiste et offensif. Si les jambes sont bonnes et si des opportunités s’offrent à moi, je m’engagerai sans me poser de question.

 

Avec ce départ du Cantal, l’édition 2019 s’annonce innovante.

Oui, la course s’annonce ouverte, dure dès le début, et j’espère que cela m’offrira plusieurs opportunités de tirer mon épingle du jeu. ASO a compris qu’il était nécessaire de casser les codes du cyclisme traditionnel, notamment en intégrant des étapes courtes, propices au spectacle. Ces étapes nerveuses ne sont pas nécessairement ce que je préfère mais elles ont le mérite de maintenir le suspense tout au long de la semaine. Les organisateurs ont également compris l’intérêt de réduire la distance des contre-la-montre, qui peuvent figer le classement général à mi-épreuve.

 

A cause de ta blessure début mars, le Critérium du Dauphiné sera ta première épreuve World Tour en 2019…

Et cela me fait bizarre ! Ces dernières années, j’avais l’habitude d’enchaîner les courses de ce niveau pour, parfois, participer ici ou là à des épreuves d’échelon inférieur. Là, c’est l’inverse. Etre entouré de coureurs du top-niveau mondial au départ d’Aurillac ne va pas me dépayser. J’ai l’habitude de me confronter à cette concurrence. C’est davantage le nombre de coureurs dans le peloton qui va rendre le plateau plus dense que ce que j’ai connu depuis le début de l’année. Je ne me préoccupe pas de l’adversité car je ne m’imagine pas m’inscrire dans la même course que les favoris pour la victoire finale. C’est ma condition physique qui me dira si je suis au niveau et je serai sur un mode opportuniste, à la recherche de la fenêtre de tir qui me permettra de me lancer vers l’avant en étant convaincu que je peux aller au bout. Pas question d’attaquer pour attaquer ou faire le spectacle.

 

Cela n’a jamais été le cas depuis le début de la saison ?

Si, une fois. Sur la 2e étape du Tour du Haut-Var, quand nous nous sommes échappés avec Arthur (Vichot) et Cyril (Gautier). Ce fut un moment où nous nous sommes tous livrés corps et âme et c’est ce que j’aimerais réussir à faire de nouveau cette semaine. A un moment, peu importe si cela fonctionne ou non, je veux réussir à tout donner et tant pis si ce n’est pas couronné de succès.

 

Cela suffirait à faire de ton Dauphiné un rendez-vous réussi ?

Bien sûr que non. Je veux lever les bras, remporter une étape, retrouver cette sensation de peser sur la course… Je ne supporte pas d’être suiveur, de subir. Je veux être acteur de la course au moment où je l’aurai choisi. Je sais où aller, où je mets les pieds. J’ai une idée de là où des ouvertures pourraient se présenter mais il y a une différence entre le papier et la réalité. On peut avoir une idée de scenario et les adversaires en avoir une autre, mais je suis sûr d’une chose : si ma tête décide de switcher sur la position « ON » parce qu’une ouverture se présente et que le terrain me convient, les jambes suivront et je saurai faire abstraction de ma gêne au poignet.

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